Rues de Calviac-en-Périgord
82 voies répertoriées — propulsé par Odonyma
Chemin Bertran de Born
histoireRares sont les hommes qui, huit siècles après leur mort, ont mérité une place dans l'Enfer de Dante. Bertran de Born, seigneur du château de Hautefort en Périgord, y descend, coupable d'avoir semé la discorde. Dante le rencontre au chant XXVIII de la Divine Comédie, dans la neuvième bolge du huitième cercle, marchant sans tête, sa propre tête pendue à la main comme une lanterne : « Sache que je suis Bertran de Born, celui qui donna au roi Jean les mauvais conseils. Je rendis ennemis le père et le fils. » Son châtiment, écrit Dante, applique la loi du contrapasso — cet homme qui divisa père et fils marche pour l'éternité divisé de sa propre tête. Beau destin littéraire pour un châtelain périgordien. Il serait né vers 1140 au château de Born, aujourd'hui disparu, sur la commune de Salagnac, en Périgord vert. Coseigneur de Hautefort avec son frère Constantin, selon les usages féodaux locaux, il ne mit pas longtemps à se disputer avec lui — le frère, passé sous la protection des Plantagenêt, devenus après le mariage d'Aliénor d'Aquitaine avec Henri II en 1154 les suzerains du Limousin. Toute la vie politique de Bertran de Born se joua dans cette lutte pour garder son indépendance face aux grands princes. Pour cela, il chercha à jouer sur les dissensions internes de la puissante famille royale anglo-angevine, excitant les fils du roi contre leur père. Il se lia surtout avec Henri le Jeune, l'aîné, contre son cadet Richard Cœur de Lion et contre leur père Henri II. La révolte des princes échoua ; Bertran fut fait prisonnier ; il obtint son pardon en évoquant devant Henri II le souvenir attendri du fils disparu — et retrouva son château. Après la mort de Richard, il renonça aux intrigues et à la guerre. Mais c'est par la poésie que Bertran de Born est entré dans l'éternité littéraire. Écrivant en langue d'oc — l'occitan de son Périgord natal — il fut l'un des grands maîtres du sirventes, cette forme de poésie satirique et politique par laquelle les troubadours attaquaient leurs ennemis, prenaient parti dans les querelles, célébraient leurs alliances et leurs colères. Aucun ne fut plus violent que lui, ni plus habile. Il chantait tour à tour l'amour courtois pour la belle dame « à la peau blanche comme fleur d'aubépine », et surtout la joie de la guerre — cette célébration du combat pour lui-même qui fascina et scandalisa les siècles. Son plus fameux poème commence par ces vers restés célèbres : « Bien me plaît le doux temps de Pâques, qui fait feuilles et fleurs venir » — puis bascule brutalement dans une jubilation guerrière qui n'a rien à envier aux plus âpres chants de bataille de toute la poésie européenne. Après une vie d'intrigues, de sirventes, d'armes et de séjours dans les cours princières d'Occitanie, il se retira à l'abbaye de Dalon — fondée à Sainte-Trie, en Périgord, et à laquelle son beau-père Gouffier de Lastours avait contribué. Il y mourut vers 1215. Sept siècles plus tard, son nom rayonne encore : la poésie occitane le compte parmi ses trois ou quatre maîtres absolus, le grand poète allemand Heinrich Heine lui a consacré trois strophes, et le collège-lycée public de Périgueux porte fièrement son nom.
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natureEn botanique, Acacia désigne un vaste genre de plus de 1 300 espèces, principalement australiennes, dont les rameaux odorants fleurissent en pompons dorés à la fin de l'hiver. Or ces arbres-là, en France, tout le monde les appelle… mimosas. Et l'arbre que nous nommons couramment « acacia » — ce grand arbre à écorce fissurée, à épines vives et à grappes blanches parfumées qui borde tant de routes de campagne — n'appartient en réalité pas au genre Acacia. C'est un robinier faux-acacia (Robinia pseudoacacia), originaire des Appalaches en Amérique du Nord. À l'origine de cette valse d'identités : un homme. Jean Robin (1550-1629), botaniste du roi Henri IV, reçut en 1601 des graines envoyées d'Amérique par son ami anglais John Tradescant. Il les planta dans son jardin parisien, place Dauphine. Le premier arbre a disparu, mais deux rejets replantés par son fils Vespasien sont encore vivants aujourd'hui : l'un au square René-Viviani face à Notre-Dame — c'est le plus vieil arbre de Paris, il a même survécu à l'incendie de 2019 —, l'autre au Jardin des Plantes. Linné, en 1753, dédia à Jean Robin le nom du genre Robinia, en gardant le souvenir de la confusion dans l'épithète pseudoacacia, littéralement « faux acacia ». Le robinier a très vite conquis les campagnes françaises. Ses grappes blanches sont très mellifères — le fameux miel d'acacia, cristal et léger, en est issu (l'appellation, bien qu'incorrecte botaniquement, est tolérée par l'usage). Ses fleurs se dégustent en beignets ou en sirop. Son bois, l'un des plus durables d'Europe, résiste à l'humidité et aux insectes, ce qui en fait un matériau de choix pour les piquets de clôture, les terrasses et les tuteurs de vigne. Attention en revanche : l'arbre est toxique dans presque toutes ses parties sauf les fleurs, et il est aujourd'hui considéré comme une espèce invasive en France, capable de coloniser les sols à une vitesse impressionnante grâce à ses racines drageonnantes. Reste que dans le langage courant, l'acacia gardera longtemps le nom du vrai — même s'il n'en est pas un. C'est peut-être ainsi que naissent, entre les langues et les livres de botanique, les plus jolies erreurs.
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patrimoineRue des Chênes Verts
natureOn l'identifie à ses feuilles lobées et à ses fruits appelés glands, mets de choix pour les sangliers et les écureuils. Le terme scientifique pour désigner la famille des chênes est « quercus », qui inclut plus de 600 espèces à travers le monde. L'une des plus célèbres est le chêne-liège, arbre méditerranéen exigeant en lumière, chaleur et eau, dont l'écorce à la texture élastique et poreuse fait les meilleurs bouchons et d'excellents isolants. Mais le plus beau spécimen reste sans conteste le chêne pédonculé : trapu, tronc court, houppier étalé, il pousse lentement mais peut vivre entre 500 et 2000 ans. Son bois dur et imputrescible a porté les charpentes des cathédrales — celle de Notre-Dame de Paris comptait 1300 chênes millénaires avant l'incendie — les vaisseaux de la marine royale de Colbert, et aujourd'hui encore les tonneaux qui donnent au vin son goût. Pas étonnant que les Gaulois vénéraient cet arbre comme un symbole de force, de justice et de longévité.
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