Léon Bloy
Le pamphlétaire mystique
patrimoine
Écrivain, pamphlétaire et mystique catholique né à Périgueux en 1846, Léon Bloy fut l'une des figures les plus singulières, les plus violentes et les plus visionnaires de la littérature française du XIXᵉ siècle finissant — météorite inclassable qui vécut toute sa vie dans la misère volontaire, écrivit sur les grands scandales de son temps dans une prose incandescente, et laissa derrière lui un Journal devenu culte sous le titre magnifique du Mendiant ingrat.
Léon-Marie Bloy (1846-1917) naît le 11 juillet 1846 à Périgueux, second d'une nombreuse famille. Son père, Jean-Baptiste Bloy, est fonctionnaire des Ponts et Chaussées et franc-maçon voltairien — libre-penseur dans la lignée des Lumières. Sa mère, en revanche, est une catholique dévote d'origine espagnole. De ce foyer tiraillé entre deux mondes naît un enfant mélancolique, violent, inadapté, que sa mère retrouvait parfois assis dans l'obscurité, pleurant depuis des heures « sans motif apparent ». Au lycée de Périgueux, le jeune Léon se bat sans cesse — on le ramenait chez lui « couvert de sang », écrivit un biographe. Il quitte le collège à quatorze ans, étudie le dessin, rêve d'être peintre, et part à Paris dès 1864 comme commis d'architecte.
À Paris, en 1867, Léon Bloy rencontre Jules Barbey d'Aurevilly — dandy royaliste catholique, auteur des Diaboliques — qui devient son maître spirituel et littéraire. Cette rencontre déclenche sa conversion (ou son retour) au catholicisme. Chez Barbey, le dimanche, le jeune provincial croise toute une génération d'écrivains alors débutants : Paul Bourget, François Coppée, Joris-Karl Huysmans (futur auteur de Là-bas et de La Cathédrale), Jean Richepin. Mais Bloy ne restera jamais dans ces cercles mondains. Mobilisé lors de la guerre de 1870 dans l'armée de la Loire, il revient brièvement à Périgueux après la défaite.
Bloy entre tardivement en littérature — à trente-huit ans —, après ce qu'il appellera « une catastrophe indicible » (l'internement de sa compagne Anne-Marie Roulé en 1882, devenue folle). Il publie Le Révélateur du Globe (1884, consacré à Christophe Colomb, préfacé par Barbey), puis ses premiers pamphlets : les Propos d'un entrepreneur de démolitions (1885) et Le Pal (1885), qui lui taillent une réputation de polémiste redoutable. Son style est reconnaissable entre tous : phrases aux « circonvolutions infinies », déferlements de mots rares, invectives bibliques, images apocalyptiques, mystique de la douleur. Pour Bloy, écrire est un acte sacré : il tombe à genoux pour composer, invoque le Saint-Esprit avant chaque phrase, et considère la littérature comme une forme de prière extrême.
Suivent Le Désespéré (1887, roman autobiographique sur sa liaison avec Anne-Marie Roulé), Le Salut par les Juifs (1892, pamphlet retentissant contre l'antisémitisme chrétien), Sueur de Sang (1893, méditation mystique sur la guerre de 1870), Histoires désobligeantes (1894, nouvelles cruelles), La Femme pauvre (1897), et surtout son Journal monumental, publié par volumes successifs : Le Mendiant ingrat (1898), Mon Journal (1904), Quatre ans de captivité à Cochons-sur-Marne (1905), L'Invendable (1909), Le Vieux de la Montagne (1911), Le Pèlerin de l'Absolu (1914), Au seuil de l'Apocalypse (1916). Près de vingt mille pages où il mêle quotidien et visions, misère et prière, règlements de compte littéraires et méditations eschatologiques.
Bloy a vécu toute sa vie dans une misère noire, assumée comme vocation spirituelle. Il écrivait d'ailleurs « des livres qui vivront, mais qui ne font pas vivre ». Son journal est traversé de lettres de mendicité envoyées à ses connaissances, qu'il rebaptise avec humour « gueuseries ». En 1895, année noire, il perd ses deux fils en bas âge et sa première épouse Anne-Marie. Il se remarie avec Jeanne Molbech, Danoise, et vit quelque temps au Danemark (1899-1900), toujours dans le dénuement. Il meurt à Bourg-la-Reine le 3 novembre 1917, à soixante-et-onze ans, en pleine Première Guerre mondiale — guerre apocalyptique qu'il interprétait comme l'avènement d'une purification divine du monde.
Longtemps marginal, Bloy a été redécouvert au XXᵉ siècle par des lecteurs d'une ferveur rare. Jacques Maritain et Raïssa Oumançoff ont été convertis au catholicisme par la lecture de son Journal — Bloy fut leur parrain de baptême en 1906. Georges Bernanos, Julien Green, Jorge Luis Borges l'ont lu avec admiration. Alfred Jarry l'inclut dans la bibliothèque idéale du Docteur Faustroll. François Mauriac le cite comme « le plus grand prosateur du XIXᵉ siècle ». Peu lu mais toujours édité, Bloy demeure un cas unique de la littérature française — un écrivain pour qui le livre et la prière, l'invective et la mystique, la misère et la grandeur ne faisaient qu'un.
Léon-Marie Bloy (1846-1917) naît le 11 juillet 1846 à Périgueux, second d'une nombreuse famille. Son père, Jean-Baptiste Bloy, est fonctionnaire des Ponts et Chaussées et franc-maçon voltairien — libre-penseur dans la lignée des Lumières. Sa mère, en revanche, est une catholique dévote d'origine espagnole. De ce foyer tiraillé entre deux mondes naît un enfant mélancolique, violent, inadapté, que sa mère retrouvait parfois assis dans l'obscurité, pleurant depuis des heures « sans motif apparent ». Au lycée de Périgueux, le jeune Léon se bat sans cesse — on le ramenait chez lui « couvert de sang », écrivit un biographe. Il quitte le collège à quatorze ans, étudie le dessin, rêve d'être peintre, et part à Paris dès 1864 comme commis d'architecte.
À Paris, en 1867, Léon Bloy rencontre Jules Barbey d'Aurevilly — dandy royaliste catholique, auteur des Diaboliques — qui devient son maître spirituel et littéraire. Cette rencontre déclenche sa conversion (ou son retour) au catholicisme. Chez Barbey, le dimanche, le jeune provincial croise toute une génération d'écrivains alors débutants : Paul Bourget, François Coppée, Joris-Karl Huysmans (futur auteur de Là-bas et de La Cathédrale), Jean Richepin. Mais Bloy ne restera jamais dans ces cercles mondains. Mobilisé lors de la guerre de 1870 dans l'armée de la Loire, il revient brièvement à Périgueux après la défaite.
Bloy entre tardivement en littérature — à trente-huit ans —, après ce qu'il appellera « une catastrophe indicible » (l'internement de sa compagne Anne-Marie Roulé en 1882, devenue folle). Il publie Le Révélateur du Globe (1884, consacré à Christophe Colomb, préfacé par Barbey), puis ses premiers pamphlets : les Propos d'un entrepreneur de démolitions (1885) et Le Pal (1885), qui lui taillent une réputation de polémiste redoutable. Son style est reconnaissable entre tous : phrases aux « circonvolutions infinies », déferlements de mots rares, invectives bibliques, images apocalyptiques, mystique de la douleur. Pour Bloy, écrire est un acte sacré : il tombe à genoux pour composer, invoque le Saint-Esprit avant chaque phrase, et considère la littérature comme une forme de prière extrême.
Suivent Le Désespéré (1887, roman autobiographique sur sa liaison avec Anne-Marie Roulé), Le Salut par les Juifs (1892, pamphlet retentissant contre l'antisémitisme chrétien), Sueur de Sang (1893, méditation mystique sur la guerre de 1870), Histoires désobligeantes (1894, nouvelles cruelles), La Femme pauvre (1897), et surtout son Journal monumental, publié par volumes successifs : Le Mendiant ingrat (1898), Mon Journal (1904), Quatre ans de captivité à Cochons-sur-Marne (1905), L'Invendable (1909), Le Vieux de la Montagne (1911), Le Pèlerin de l'Absolu (1914), Au seuil de l'Apocalypse (1916). Près de vingt mille pages où il mêle quotidien et visions, misère et prière, règlements de compte littéraires et méditations eschatologiques.
Bloy a vécu toute sa vie dans une misère noire, assumée comme vocation spirituelle. Il écrivait d'ailleurs « des livres qui vivront, mais qui ne font pas vivre ». Son journal est traversé de lettres de mendicité envoyées à ses connaissances, qu'il rebaptise avec humour « gueuseries ». En 1895, année noire, il perd ses deux fils en bas âge et sa première épouse Anne-Marie. Il se remarie avec Jeanne Molbech, Danoise, et vit quelque temps au Danemark (1899-1900), toujours dans le dénuement. Il meurt à Bourg-la-Reine le 3 novembre 1917, à soixante-et-onze ans, en pleine Première Guerre mondiale — guerre apocalyptique qu'il interprétait comme l'avènement d'une purification divine du monde.
Longtemps marginal, Bloy a été redécouvert au XXᵉ siècle par des lecteurs d'une ferveur rare. Jacques Maritain et Raïssa Oumançoff ont été convertis au catholicisme par la lecture de son Journal — Bloy fut leur parrain de baptême en 1906. Georges Bernanos, Julien Green, Jorge Luis Borges l'ont lu avec admiration. Alfred Jarry l'inclut dans la bibliothèque idéale du Docteur Faustroll. François Mauriac le cite comme « le plus grand prosateur du XIXᵉ siècle ». Peu lu mais toujours édité, Bloy demeure un cas unique de la littérature française — un écrivain pour qui le livre et la prière, l'invective et la mystique, la misère et la grandeur ne faisaient qu'un.