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Cyclable

Quand on partait sur les chemins... à bicyclette !

culture Cyclable
Voie de circulation réservée ou sécurisée pour les vélos, la voie cyclable est aujourd'hui l'un des visages les plus dynamiques de l'aménagement urbain français — la France compte en 2023 près de 57 000 kilomètres de voies cyclables sécurisées, chiffre qui devrait atteindre 80 000 km à l'horizon 2027, témoignage d'un retour spectaculaire de la bicyclette au cœur des politiques de mobilité, cent trente ans après la création de la première piste cyclable de l'histoire.

Le mot « cyclable » recouvre en réalité plusieurs réalités techniques distinctes. La piste cyclable est une chaussée entièrement séparée du trafic motorisé, généralement par un séparateur physique, un dénivelé ou de la végétation — c'est le degré de sécurité maximal. La bande cyclable n'est qu'une voie tracée par un marquage au sol sur une chaussée partagée, sans séparation physique — solution moins coûteuse mais plus exposée. La voie verte est une voie exclusivement réservée aux mobilités douces (vélos, piétons, rollers, cavaliers), interdite aux véhicules motorisés — souvent aménagée sur d'anciennes voies ferrées ou chemins de halage. La véloroute enfin désigne un itinéraire de longue distance balisé et sécurisé, empruntant selon les tronçons pistes, voies vertes ou routes peu circulées, dédié au cyclotourisme.

La première piste cyclable au monde naît à Utrecht (Pays-Bas) en 1885. La France suit vite : le 6 avril 1897, le journal La Presse annonce la création à Paris, sur l'avenue de la Grande-Armée, de la première piste cyclable française — appelée alors « trottoir cyclable », large de quatre mètres, à une hauteur intermédiaire entre la chaussée et le trottoir. Elle permettait d'isoler les cyclistes des voitures à cheval et de leur épargner les pavés inconfortables des chaussées. Sous l'impulsion du Touring Club de France (fondé en 1890), un premier réseau ambitieux se constitue : en 1912, la région parisienne compte déjà 250 kilomètres de pistes cyclables. La France des années 1930 compte quant à elle un bon millier de kilomètres de pistes, principalement construites hors agglomération le long des grands axes.

L'essor massif de la voiture individuelle après la Seconde Guerre mondiale efface progressivement le vélo du paysage urbain français. Dans les années 1960, on va jusqu'à supprimer de nombreuses pistes cyclables existantes pour élargir les voies automobiles. Le vélo devient un loisir dominical, non plus un mode de transport. Il faut attendre les années 1970 pour qu'une prise de conscience revienne : premières pistes cyclables des « plans de circulation » finançés par l'État, création de la FUB (Fédération des usagers de la bicyclette) à Strasbourg en 1980. La grève des transports parisiens de 1995 joue un rôle inattendu : des milliers de Franciliens redécouvrent le vélo comme moyen de transport quotidien. Paris passe de 6 kilomètres d'aménagements cyclables en 1995 à plus de 200 kilomètres au début des années 2000.

L'année 2019 marque un tournant national avec le lancement du Plan Vélo doté d'un budget de 350 millions d'euros sur sept ans. La crise sanitaire de 2020, avec ses fameuses « coronapistes » — pistes cyclables provisoires devenues pérennes dans de nombreuses métropoles —, accélère la transformation. Les grandes villes françaises investissent massivement : Paris, Strasbourg, Nantes, Bordeaux, Rennes, Grenoble, Lyon développent des réseaux ambitieux. La part modale du vélo dépasse 10 % dans certaines métropoles (contre moins de 3 % au niveau national) — encore loin des 40 % d'Amsterdam ou de Copenhague, mais en progression rapide.

Au-delà des villes, la France s'est dotée d'un réseau national de véloroutes parmi les plus denses d'Europe, coordonné depuis 2001 par la Mission nationale véloroutes et voies vertes. Parmi les itinéraires emblématiques : La Loire à Vélo (900 km de Cuffy à Saint-Brévin-les-Pins, longeant le plus long fleuve de France) ; La Vélodyssée (1 300 km reliant Roscoff en Bretagne à Hendaye au Pays basque, le long de l'Atlantique) ; La ViaRhôna (le long du Rhône, du Léman à la Méditerranée) ; La Vélomaritime (Roscoff-Dunkerque, la façade Manche-Mer du Nord). L'ensemble forme un réseau que le cyclotourisme international emprunte de plus en plus — la France est aujourd'hui la deuxième destination mondiale de tourisme à vélo après l'Allemagne, activité générant plus de 5 milliards d'euros par an.

Créer une voie cyclable dans une commune, c'est aujourd'hui redessiner la place laissée à chaque mode de transport — moins d'espace pour la voiture, plus pour le vélo, la marche, les enfants qui vont à l'école, les personnes âgées. C'est aussi participer à la transition écologique (le vélo n'émet aucun CO₂), à la santé publique (30 minutes de vélo quotidien réduisent de 40 % le risque de mortalité prématurée) et à la vitalité économique locale (le cycliste consomme davantage dans les commerces de proximité qu'il traverse). 

La bicyclette a inspiré tout un imaginaire culturel français, de Jacques Tati aux affiches du Tour de France. En 1968, Yves Montand immortalisait dans une chanson signée Pierre Barouh et Francis Lai — devenue depuis un classique populaire — la nostalgie des balades d'enfance à vélo sur les petits chemins de terre, souvenir que Barouh tenait de sa jeunesse cachée en Vendée pendant la Seconde Guerre mondiale.

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        title="À bicyclette - Yves Montand" 
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Sources