Antoine Watteau
Le peintre qui inventa les fêtes galantes
culture
Né dans une famille modeste de Valenciennes — son père était couvreur —, Jean-Antoine Watteau monta à Paris à dix-huit ans, sans le sou, et gagna d'abord sa vie en peignant des enseignes de boutique et des décors de fêtes militaires. Un talent hors du commun le fit vite remarquer. Il devint le peintre le plus original de son temps, inventant un genre entièrement nouveau : la fête galante — ces réunions élégantes où l'aristocratie, loin du faste écrasant de Versailles, s'adonne dans des parcs et des pavillons ombragés à la conversation, à la musique, à la séduction, dans un esprit directement inspiré du théâtre populaire italien, la commedia dell'arte.
Le succès fut tel que l'Académie royale de peinture dut, en 1717, créer une catégorie inédite pour pouvoir l'admettre : jusque-là, on ne peignait officiellement que des sujets nobles — histoire, mythologie, religion. Watteau obligea l'institution à reconnaître un art nouveau. Son morceau de réception, l'immense Pèlerinage à l'île de Cythère (aujourd'hui au Louvre), est l'archétype et le sommet du genre.
Son œuvre s'inscrit dans l'élan du Rococo naissant, ce style d'après le Grand Siècle qui, après la mort de Louis XIV en 1715, remplaçait les colonnades majestueuses par des courbes légères, des ornements en rocaille, des couleurs claires — le nom même vient de « rocaille » (les fausses grottes et coquillages des jardins) mêlé au « barocco » portugais qui signifie « perle irrégulière ».
Mais Watteau, plus qu'un décorateur du bonheur, fut le peintre secret d'une mélancolie voilée : dans ses fêtes brille toujours, quelque part, un couple qui se sépare, un visage perdu dans l'ombre, un Pierrot solitaire au regard triste — son sublime Gilles du Louvre pourrait bien être son propre autoportrait spirituel.
La raison de cette gaieté teintée de tristesse est simple : Watteau était tuberculeux. Il mourut à trente-six ans, en 1721, à peine quatre ans après son entrée triomphale à l'Académie. Cent cinquante ans plus tard, un jeune poète nommé Paul Verlaine puiserait à cette même source pour ses Fêtes galantes — preuve qu'un peintre peut vraiment inventer, pour toujours, un climat de l'âme.



