Ignacio Zuluaga
Le peintre écorché
cultureNé à Eibar au Pays basque espagnol, fils et petit-fils d'orfèvres et de damasquineurs réputés qui décoraient les armes de luxe de la Cour d'Espagne, Ignacio Zuloaga (1870-1945) y Zabaleta grandit dans un univers d'artisanat exigeant qui forgea son goût du travail précis et du noir intense. Il se forma d'abord à Madrid en copiant Vélasquez et Goya au Prado, puis vint à Paris de 1889 à 1893 : il y fréquenta Gauguin, Toulouse-Lautrec, Degas, et se lia à jamais au monde artistique français, où il exposa toute sa vie. Ses tableaux à l'atmosphère sombre et tragique connurent rapidement un immense succès en Europe du Nord et aux États-Unis — les collectionneurs américains s'arrachaient ses toiles pour leurs grandes fondations. Face à Joaquín Sorolla, peintre de la lumière méditerranéenne et de la joie de vivre, Zuloaga incarnait au contraire « l'Espagne noire » : paysages arides de Castille, femmes en deuil, danseuses gitanes au regard sombre, taureaux dans la poussière ocre. Grand amateur de tauromachie (il fut lui-même torero à ses heures dans sa jeunesse), il donna à la corrida ses plus poignants tableaux : Veille de course de taureaux (1898), Mes cousines, La Victime de la fête. Il fut aussi le portraitiste officiel de la Génération de 98, cette génération intellectuelle espagnole qui repensa son pays après le désastre colonial : Unamuno, Manuel de Falla, mais aussi Maurice Ravel, Anatole France, Colette posèrent devant son chevalet. Sa position politique fut plus controversée : il soutint Franco pendant la guerre civile (1936-1939) et lui offrit son portrait officiel, ce qui ternit ensuite sa réputation en France. Il mourut à Madrid en 1945. Un musée lui est aujourd'hui consacré à Zumaia, sur la côte basque, dans son ancienne maison-atelier face à la mer.