Pierre Martial Tauziac
L’archéologue amateur qui réveilla une villa gallo-romaine
patrimoine
Archéologue amateur périgourdin né et mort à Montcaret (Dordogne), Pierre-Martial Tauziac (1866-1941) est l’homme qui a mis au jour, de 1922 à 1939, la villa gallo-romaine de Montcaret — l’un des plus importants sites antiques du Sud-Ouest, aujourd’hui propriété du Centre des monuments nationaux, célèbre pour ses exceptionnels pavements de mosaïques du IVᵉ siècle. Entré à treize ans à la Société historique et archéologique du Périgord, chevalier de la Légion d’honneur, membre d’une lignée d’archéologues amateurs (sa fille Aliette poursuivit son œuvre), il incarne cette tradition périgourdine de passionnés savants qui ont, au tournant du XXᵉ siècle, révélé le patrimoine antique du département.
Né en 1866 à Montcaret — petit village des confins du Périgord et du Bordelais, entouré de vignes, à mi-chemin entre Bergerac et Saint-Émilion —, Pierre-Martial Tauziac grandit dans une paroisse pas comme les autres. Le curé du village, l’abbé Delpeyrat, est passionné d’archéologie — à une époque où le clergé rural fournit l’essentiel des érudits locaux. Depuis le début du XIXᵉ siècle, le sol de Montcaret livrait, à chaque creusement de tombe dans le cimetière entourant l’église, des mosaïques, des monnaies et des fragments de céramiques antiques. En 1827, les villageois avaient déjà découvert une première mosaïque en creusant un lavoir. L’abbé Delpeyrat soupçonne alors que son église est bâtie sur un trésor archéologique majeur. Il inocule le « virus de l’archéologie » à son jeune enfant de chœur — le petit Pierre-Martial — qui le suit sur les terres de la paroisse à la recherche des vestiges enfouis.
Lorsque l’abbé Delpeyrat quitte la paroisse, le jeune Tauziac, âgé de treize ou quatorze ans, prend matériellement la relève. Fait exceptionnel pour un adolescent : il est admis à la Société historique et archéologique du Périgord (SHAP) — l’une des plus anciennes et prestigieuses sociétés savantes françaises, fondée en 1874. Cette admission précoce dit tout du sérieux de son travail dès le plus jeune âge, et de l’ouverture de la SHAP aux talents sans considération d’âge ni de parchemin universitaire.
Devenu adulte, Tauziac devient habitant permanent de Montcaret. Il mène ses recherches patiemment, documentant les trouvailles fortuites des villageois, passant régulièrement sur le site. En 1921, le cimetière entourant l’église Saint-Pierre est désaffecté — occasion inespérée pour entreprendre des fouilles systématiques là où personne n’avait pu creuser. En 1922, Pierre-Martial Tauziac lance les premiers sondages positifs. Ses efforts attirent rapidement l’attention des Monuments historiques : Jules Formigé, architecte en chef des Monuments historiques, devient son superviseur officiel. Les fouilles vont se poursuivre sous la direction scientifique de Formigé jusqu’en 1939, interrompues par la Seconde Guerre mondiale.
Les fouilles Tauziac-Formigé mettent au jour un ensemble unique : la pars urbana (partie résidentielle) d’une vaste villa gallo-romaine aristocratique, construite et agrandie du Iᵉʳ au Vᵉ siècle de notre ère. On y découvre :
La plus grande salle basilicale gallo-romaine de toute la région (dernière période, Vᵉ siècle)
Un triclinium (salle à manger en forme de croix)
Un bassin et des thermes privés avec système de chauffage par le sol (hypocauste)
Surtout, des pavements de mosaïques du IVᵉ siècle d’une qualité exceptionnelle, aux motifs maritimes
Des vestiges remaniés au Moyen Âge, les pierres de la villa ayant servi au XIᵉ siècle à la construction de l’église Saint-Pierre de Montcaret par les moines bénédictins
Dès 1926, le site est classé Monument historique — reconnaissance officielle rapide qui doit tout à la ténacité de Tauziac et à l’autorité de Formigé.
Détail juridique saisissant : la loi française sur les fouilles archéologiques, qui réglemente la propriété du matériel trouvé, ne sera promulguée qu’en 1941 — précisément l’année de la mort de Tauziac. En l’absence de texte réglementaire, Jules Formigé avait prévu que les objets soient conservés à la mairie de Montcaret, mais ils seront en fait conservés au domicile même de Pierre-Martial Tauziac — qui en devient de facto le gardien et le conservateur personnel. Cette étrange concentration privée d’un patrimoine national restera dans la famille jusqu’en 1983, année où sa fille Aliette chargera par écrit son neveu Pierre Laurent d’assurer la donation officielle de la collection à la puissance publique.
Pierre-Martial Tauziac est fait chevalier de la Légion d’honneur pour ses travaux archéologiques — distinction remarquable pour un archéologue amateur sans formation universitaire, qui dit toute la reconnaissance scientifique qu’il avait su conquérir. Une photographie historique conservée dans le fonds Laurent le montre entouré de ses quatre petits-enfants le jour de sa remise de décoration. Il meurt au cours de l’été 1941, à 75 ans, dans son village de Montcaret, en pleine occupation allemande. Les fouilles s’arrêteront après sa mort — personne n’avait sa connaissance intime du terrain. Mais sa fille, Aliette Tauziac, « tenace et courageuse », reprend le flambeau après la Libération, conseillée par le professeur Pierre Grimal de la Faculté des Lettres de Bordeaux, grand latiniste français qui prend officiellement en charge le site scientifiquement.
Né en 1866 à Montcaret — petit village des confins du Périgord et du Bordelais, entouré de vignes, à mi-chemin entre Bergerac et Saint-Émilion —, Pierre-Martial Tauziac grandit dans une paroisse pas comme les autres. Le curé du village, l’abbé Delpeyrat, est passionné d’archéologie — à une époque où le clergé rural fournit l’essentiel des érudits locaux. Depuis le début du XIXᵉ siècle, le sol de Montcaret livrait, à chaque creusement de tombe dans le cimetière entourant l’église, des mosaïques, des monnaies et des fragments de céramiques antiques. En 1827, les villageois avaient déjà découvert une première mosaïque en creusant un lavoir. L’abbé Delpeyrat soupçonne alors que son église est bâtie sur un trésor archéologique majeur. Il inocule le « virus de l’archéologie » à son jeune enfant de chœur — le petit Pierre-Martial — qui le suit sur les terres de la paroisse à la recherche des vestiges enfouis.
Lorsque l’abbé Delpeyrat quitte la paroisse, le jeune Tauziac, âgé de treize ou quatorze ans, prend matériellement la relève. Fait exceptionnel pour un adolescent : il est admis à la Société historique et archéologique du Périgord (SHAP) — l’une des plus anciennes et prestigieuses sociétés savantes françaises, fondée en 1874. Cette admission précoce dit tout du sérieux de son travail dès le plus jeune âge, et de l’ouverture de la SHAP aux talents sans considération d’âge ni de parchemin universitaire.
Devenu adulte, Tauziac devient habitant permanent de Montcaret. Il mène ses recherches patiemment, documentant les trouvailles fortuites des villageois, passant régulièrement sur le site. En 1921, le cimetière entourant l’église Saint-Pierre est désaffecté — occasion inespérée pour entreprendre des fouilles systématiques là où personne n’avait pu creuser. En 1922, Pierre-Martial Tauziac lance les premiers sondages positifs. Ses efforts attirent rapidement l’attention des Monuments historiques : Jules Formigé, architecte en chef des Monuments historiques, devient son superviseur officiel. Les fouilles vont se poursuivre sous la direction scientifique de Formigé jusqu’en 1939, interrompues par la Seconde Guerre mondiale.
Les fouilles Tauziac-Formigé mettent au jour un ensemble unique : la pars urbana (partie résidentielle) d’une vaste villa gallo-romaine aristocratique, construite et agrandie du Iᵉʳ au Vᵉ siècle de notre ère. On y découvre :
La plus grande salle basilicale gallo-romaine de toute la région (dernière période, Vᵉ siècle)
Un triclinium (salle à manger en forme de croix)
Un bassin et des thermes privés avec système de chauffage par le sol (hypocauste)
Surtout, des pavements de mosaïques du IVᵉ siècle d’une qualité exceptionnelle, aux motifs maritimes
Des vestiges remaniés au Moyen Âge, les pierres de la villa ayant servi au XIᵉ siècle à la construction de l’église Saint-Pierre de Montcaret par les moines bénédictins
Dès 1926, le site est classé Monument historique — reconnaissance officielle rapide qui doit tout à la ténacité de Tauziac et à l’autorité de Formigé.
Détail juridique saisissant : la loi française sur les fouilles archéologiques, qui réglemente la propriété du matériel trouvé, ne sera promulguée qu’en 1941 — précisément l’année de la mort de Tauziac. En l’absence de texte réglementaire, Jules Formigé avait prévu que les objets soient conservés à la mairie de Montcaret, mais ils seront en fait conservés au domicile même de Pierre-Martial Tauziac — qui en devient de facto le gardien et le conservateur personnel. Cette étrange concentration privée d’un patrimoine national restera dans la famille jusqu’en 1983, année où sa fille Aliette chargera par écrit son neveu Pierre Laurent d’assurer la donation officielle de la collection à la puissance publique.
Pierre-Martial Tauziac est fait chevalier de la Légion d’honneur pour ses travaux archéologiques — distinction remarquable pour un archéologue amateur sans formation universitaire, qui dit toute la reconnaissance scientifique qu’il avait su conquérir. Une photographie historique conservée dans le fonds Laurent le montre entouré de ses quatre petits-enfants le jour de sa remise de décoration. Il meurt au cours de l’été 1941, à 75 ans, dans son village de Montcaret, en pleine occupation allemande. Les fouilles s’arrêteront après sa mort — personne n’avait sa connaissance intime du terrain. Mais sa fille, Aliette Tauziac, « tenace et courageuse », reprend le flambeau après la Libération, conseillée par le professeur Pierre Grimal de la Faculté des Lettres de Bordeaux, grand latiniste français qui prend officiellement en charge le site scientifiquement.
Sources
- UN@ édition — Article La villa Montcarret
- BNF — Fiche Pierre Martial Tauziac