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Léon Moulin

La voix familière de Radio Luxembourg

culture
Comédien, auteur et speaker de radio luxembourgeois, Léon Moulin (1897-1974) fut, pendant plus de trente ans, l’une des voix les plus familières du Grand-Duché. Figure emblématique du théâtre populaire luxembourgeois et de Radio Luxembourg de 1933 à 1964, résistant durant la Seconde Guerre mondiale, chevalier de l’Ordre de Mérite du Grand-Duché, il incarne l’identité culturelle luxembourgeoise du XXᵉ siècle — celle qui s’exprime en Lëtzebuergesch, la langue du pays, portée par les ondes et par la scène.

Né le 4 décembre 1897 dans la Dräikinneksgaass (rue des Trois-Rois) à Luxembourg-ville, Léon Charles Nicolas Moulin — également appelé Leo Molling ou Leo Moulin — grandit dans une famille d’artisans. Son père tient un salon de coiffure, place d’Armes puis rue du Nord (Neipuertsgaass) — deux artères emblématiques du centre historique de la capitale. Léon reprend d’abord le métier familial et devient coiffeur, mais la scène l’attire dès l’adolescence.

Dès l’âge de treize ans, Léon Moulin monte sur scène dans la revue Peffer a Salz (« Poivre et sel ») des grands auteurs luxembourgeois Batty Weber et Lexi Brasseur. L’amitié avec Batty Weber — l’une des figures majeures de la littérature luxembourgeoise, auteur du célèbre Abreißkalender — sera déterminante : on dit que Weber, avec August Donnen, écrivit certains rôles sur mesure pour la voix et le jeu de Moulin. Devenu acteur, auteur et metteur en scène, Léon Moulin participe à d’innombrables pièces, revues et opérettes — notamment celles d’Émile Boeres — jouant tous les rôles sauf celui d’Aarme Pierrot, pour toute première création de son ami Weber.

À partir de 1924, Léon Moulin participe aux tout premiers essais radiophoniques privés d’Aloyse Anen à Luxembourg — époque pionnière où la radio s’invente, où personne ne sait encore ce qu’elle sera. En août 1933, il est engagé définitivement par Radio Luxembourg, qui vient d’être fondée. Il y restera jusqu’à sa retraite le 1ᵉʳ janvier 1964 — soit plus de trente ans de carrière continue au micro. Speaker, animateur, acteur de pièces radiophoniques, lecteur de contes et poèmes, il devient célèbre pour sa voix unique et sa prononciation remarquable du luxembourgeois — cette « defteger Lëtzebuerger Sprooch » (langue luxembourgeoise savoureuse) saluée par ses nécrologies. Il enregistre également de nombreux disques de contes pour enfants — D’Wichtelcher vu Beggen (Les lutins de Beggen), D’Siweschléifer vun Hollerech (Les sept dormeurs de Hollerich) — qui ont bercé plusieurs générations d’enfants luxembourgeois.

En 1938, Léon Moulin apparaît également au cinéma, incarnant un speaker de radio dans le film Circulez du réalisateur luxembourgeois René Leclère — rôle qui lui va comme un gant.

La Seconde Guerre mondiale et l’occupation nazie du Luxembourg (mai 1940 – septembre 1944) placent Léon Moulin dans une situation ambiguë qu’il assumera avec courage. Il continue d’animer des émissions sur le Großsender Luxemburg (grande station émettrice de Luxembourg, désormais sous contrôle allemand) — tout en étant membre de la Résistance luxembourgeoise au sein du groupe Unio’n, l’une des principales organisations clandestines du Grand-Duché. En octobre 1941, ayant pris conscience que la troupe de théâtre à laquelle il appartenait (la Volksbühne) servait la propagande nazie, il la quitte avec sa partenaire Margot Becker. Pour sa participation à la Volksbühne, il reçoit après la guerre un blâme discret, non rendu public — reconnaissance tacite que son engagement résistant parallèle rachetait cette compromission subie.

Après la Libération, Léon Moulin publie plusieurs œuvres littéraires en luxembourgeois — langue dont il fut, au micro et à la scène, l’un des principaux promoteurs. En 1968, inspiré du célèbre Renert (Renard) de Michel Rodange — chef-d’œuvre satirique luxembourgeois du XIXᵉ siècle —, il publie son propre récit allégorique mettant en scène « les animaux doux et sauvages ». « Une histoire inhumaine-humaine » où il règle à sa manière les comptes avec les occupants nazis et les collaborateurs luxembourgeois — témoignage littéraire différé mais mordant.

Promu chevalier de l’Ordre de Mérite du Grand-Duché de Luxembourg en 1974, année de sa mort, Léon Moulin s’éteint le 28 novembre 1974 à Luxembourg-ville, à l’âge de 76 ans — six jours seulement avant son 77ᵉ anniversaire. Il repose au cimetière Saint-Nicolas (Nikloskierfecht), dans la même nécropole que ses amis August Donnen et Batty Weber — fidélité posthume d’un trio théâtral qui a marqué un siècle de culture luxembourgeoise. La ville de Luxembourg lui a dédié une rue dans le quartier résidentiel du Cents, à l’est de la capitale.

Discrète, résidentielle, limitée à 20 km/h, la rue Léon Moulin n’a rien d’une grande artère — à l’image de l’homme qu’elle honore : un artiste populaire sans grandes ambitions institutionnelles, mais dont la voix a accompagné le quotidien de tout un pays pendant trois générations. Elle rappelle que la culture d’une nation se construit aussi par les voix familières de la radio, les contes qu’on lit aux enfants, les revues de théâtre où l’on rit en sa propre langue.
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Sources