Maurice Jaubert
Compositeur mort pour la France
cultureCompositeur français né à Nice, Maurice Jaubert (1900-1940) est le père fondateur de l’école française de musique de cinéma. Il a signé les partitions de films devenus mythiques — L’Atalante et Zéro de conduite de Jean Vigo, Quai des Brumes et Hôtel du Nord de Marcel Carné, Un Carnet de bal de Julien Duvivier, Quatorze Juillet de René Clair — avant d’être tué sur le front à quarante ans, officier du génie, cinq jours avant l’armistice. Son nom reste associé à la musique du « réalisme poétique » français des années 1930.
Né le 3 janvier 1900 à Nice, Maurice Jacques Joseph Eugène Jaubert est le deuxième fils de Maître François Jaubert, avocat qui deviendra président du barreau de Nice, et d’Haydée Faraut. Il grandit dans une maison où règne la musique et joue du piano dès l’âge de cinq ans. Élève du lycée Masséna de Nice, il décroche son baccalauréat en 1916 tout en suivant parallèlement au Conservatoire de Nice les cours d’harmonie, de contrepoint et de piano — premier prix de piano la même année. À seize ans, il est à la fois bachelier et premier prix de conservatoire. Il monte alors à Paris, étudie à la Sorbonne où il décroche une licence ès lettres et un doctorat en droit. De retour à Nice, inscrit au barreau de son père, il devient le plus jeune avocat de France.
Dès le début des années 1920, Jaubert compose des mélodies, des pièces pour piano, de la musique de chambre, des divertissements. En 1926, il épouse Marthe Breffel — et Maurice Ravel en personne est son témoin de mariage. Caution musicale majeure : le jeune Niçois est reconnu par l’un des plus grands compositeurs vivants. Il compose pour la scène (opéras-bouffes, musiques pour les pièces de Jean Giraudoux — La Guerre de Troie n’aura pas lieu, Tessa) et pour le concert, dans une écriture mélodique, claire, orchestralement précise, nourrie à la fois de Ravel et de l’école française.
En 1929, à vingt-neuf ans, Maurice Jaubert aborde le cinéma — au moment précis où celui-ci devient parlant. Pour un compositeur, le défi est immense : la musique doit apprendre à cohabiter avec la voix, les effets, les bruitages. Jaubert sera le premier compositeur français à théoriser cette relation nouvelle entre musique, image et sons. Il devient en quelques années le compositeur attitré du cinéma français d’auteur et travaille avec les plus grands réalisateurs de son temps :
Jean Vigo : Zéro de conduite (1933), L’Atalante (1934)
René Clair : Quatorze Juillet (1933), Le Dernier Milliardaire (1934)
Julien Duvivier : Un Carnet de bal (1937)
Marcel Carné : Drôle de drame (1937), Quai des Brumes (1938), Hôtel du Nord (1938)
Le « réalisme poétique » des années trente est indissociable de l’écriture de Jaubert — sa ligne claire, mélodique, orchestrale, cette capacité unique à ajouter à l’image une poésie supplémentaire sans jamais l’écraser. « Objectivement », confessera plus tard Claude Sautet, « le compositeur de cinéma dont j’ai le plus appris, c’est Jaubert ». L’héritage traversera les générations : François Truffaut réutilisera les partitions de Jaubert dans quatre de ses films (L’Histoire d’Adèle H., L’Argent de poche, L’Homme qui aimait les femmes, La Chambre verte) comme un hommage posthume au père fondateur.
Mobilisé le 2 septembre 1939, le capitaine de réserve Maurice Jaubert rejoint aux premières lignes la compagnie du génie qu’il commande en « région est » — zone de la Lorraine et des Ardennes. Il ne la quittera que pour deux brèves permissions à Nice, en janvier et avril 1940. C’est « aux armées » qu’il compose ses deux dernières œuvres, qu’il n’entendra jamais exécutées. Lors de la débâcle de juin 1940, sa compagnie reçoit l’ordre de ralentir l’avancée allemande en faisant sauter les ponts de la ligne de retraite. Jaubert fait sauter avec succès un pont près de Baccarat (Meurthe-et-Moselle) — puis est mortellement blessé par un tir ennemi quelques instants plus tard. Il meurt quelques heures plus tard à l’hôpital de Baccarat, le 19 juin 1940, à l’âge de 40 ans. L’armistice sera signé cinq jours plus tard, le 25 juin. Jaubert est fait chevalier de la Légion d’honneur et reçoit la croix de guerre 1939-1945, à titre posthume. « Mort pour la France. »
Enterré d’abord au cimetière de Baccarat, Maurice Jaubert est ramené à Nice en 1952 où il repose aujourd’hui au cimetière de Caucade. Plusieurs compositeurs lui ont rendu hommage dès l’après-guerre : Jean Rivier avec Heureux ceux qui sont morts (sur un texte de Charles Péguy, en mémoire de Jaubert) et Henry Barraud avec Offrande à une ombre (1941-1942). L’écrivaine Maryline Desbiolles lui a consacré en 2007 un roman, Le Beau Temps. Le Conservatoire à rayonnement régional de Nice porte aujourd’hui son nom. Et des rues, places, écoles, médiathèques Maurice-Jaubert existent dans toute la France — particulièrement sur la Côte d’Azur et dans les communes où le cinéma est honoré. Chaque rue qui porte son nom rappelle qu’un compositeur peut mourir en soldat sans cesser d’être un artiste, et qu’une musique de film peut survivre à la pellicule pour laquelle elle a été écrite.
Né le 3 janvier 1900 à Nice, Maurice Jacques Joseph Eugène Jaubert est le deuxième fils de Maître François Jaubert, avocat qui deviendra président du barreau de Nice, et d’Haydée Faraut. Il grandit dans une maison où règne la musique et joue du piano dès l’âge de cinq ans. Élève du lycée Masséna de Nice, il décroche son baccalauréat en 1916 tout en suivant parallèlement au Conservatoire de Nice les cours d’harmonie, de contrepoint et de piano — premier prix de piano la même année. À seize ans, il est à la fois bachelier et premier prix de conservatoire. Il monte alors à Paris, étudie à la Sorbonne où il décroche une licence ès lettres et un doctorat en droit. De retour à Nice, inscrit au barreau de son père, il devient le plus jeune avocat de France.
Dès le début des années 1920, Jaubert compose des mélodies, des pièces pour piano, de la musique de chambre, des divertissements. En 1926, il épouse Marthe Breffel — et Maurice Ravel en personne est son témoin de mariage. Caution musicale majeure : le jeune Niçois est reconnu par l’un des plus grands compositeurs vivants. Il compose pour la scène (opéras-bouffes, musiques pour les pièces de Jean Giraudoux — La Guerre de Troie n’aura pas lieu, Tessa) et pour le concert, dans une écriture mélodique, claire, orchestralement précise, nourrie à la fois de Ravel et de l’école française.
En 1929, à vingt-neuf ans, Maurice Jaubert aborde le cinéma — au moment précis où celui-ci devient parlant. Pour un compositeur, le défi est immense : la musique doit apprendre à cohabiter avec la voix, les effets, les bruitages. Jaubert sera le premier compositeur français à théoriser cette relation nouvelle entre musique, image et sons. Il devient en quelques années le compositeur attitré du cinéma français d’auteur et travaille avec les plus grands réalisateurs de son temps :
Jean Vigo : Zéro de conduite (1933), L’Atalante (1934)
René Clair : Quatorze Juillet (1933), Le Dernier Milliardaire (1934)
Julien Duvivier : Un Carnet de bal (1937)
Marcel Carné : Drôle de drame (1937), Quai des Brumes (1938), Hôtel du Nord (1938)
Le « réalisme poétique » des années trente est indissociable de l’écriture de Jaubert — sa ligne claire, mélodique, orchestrale, cette capacité unique à ajouter à l’image une poésie supplémentaire sans jamais l’écraser. « Objectivement », confessera plus tard Claude Sautet, « le compositeur de cinéma dont j’ai le plus appris, c’est Jaubert ». L’héritage traversera les générations : François Truffaut réutilisera les partitions de Jaubert dans quatre de ses films (L’Histoire d’Adèle H., L’Argent de poche, L’Homme qui aimait les femmes, La Chambre verte) comme un hommage posthume au père fondateur.
Mobilisé le 2 septembre 1939, le capitaine de réserve Maurice Jaubert rejoint aux premières lignes la compagnie du génie qu’il commande en « région est » — zone de la Lorraine et des Ardennes. Il ne la quittera que pour deux brèves permissions à Nice, en janvier et avril 1940. C’est « aux armées » qu’il compose ses deux dernières œuvres, qu’il n’entendra jamais exécutées. Lors de la débâcle de juin 1940, sa compagnie reçoit l’ordre de ralentir l’avancée allemande en faisant sauter les ponts de la ligne de retraite. Jaubert fait sauter avec succès un pont près de Baccarat (Meurthe-et-Moselle) — puis est mortellement blessé par un tir ennemi quelques instants plus tard. Il meurt quelques heures plus tard à l’hôpital de Baccarat, le 19 juin 1940, à l’âge de 40 ans. L’armistice sera signé cinq jours plus tard, le 25 juin. Jaubert est fait chevalier de la Légion d’honneur et reçoit la croix de guerre 1939-1945, à titre posthume. « Mort pour la France. »
Enterré d’abord au cimetière de Baccarat, Maurice Jaubert est ramené à Nice en 1952 où il repose aujourd’hui au cimetière de Caucade. Plusieurs compositeurs lui ont rendu hommage dès l’après-guerre : Jean Rivier avec Heureux ceux qui sont morts (sur un texte de Charles Péguy, en mémoire de Jaubert) et Henry Barraud avec Offrande à une ombre (1941-1942). L’écrivaine Maryline Desbiolles lui a consacré en 2007 un roman, Le Beau Temps. Le Conservatoire à rayonnement régional de Nice porte aujourd’hui son nom. Et des rues, places, écoles, médiathèques Maurice-Jaubert existent dans toute la France — particulièrement sur la Côte d’Azur et dans les communes où le cinéma est honoré. Chaque rue qui porte son nom rappelle qu’un compositeur peut mourir en soldat sans cesser d’être un artiste, et qu’une musique de film peut survivre à la pellicule pour laquelle elle a été écrite.