Alexandra David-Néel
Une Parisienne à Lhassa
histoire
Première Européenne à pénétrer dans la cité interdite de Lhassa en 1924, orientaliste, tibétologue, bouddhiste, anarchiste, féministe, chanteuse d’opéra et exploratrice morte centenaire à Digne-les-Bains, Alexandra David-Néel (1868-1969) incarne, par la durée exceptionnelle de sa vie et la radicalité de sa liberté, une des plus singulières trajectoires féminines du XXᵉ siècle. Aucun substantif ne suffit à la définir : auteure de plus de trente ouvrages sur l’Asie et le bouddhisme, elle a ouvert à des générations d’Occidentaux l’horizon tibétain.
Une enfance européenne entre Paris et Bruxelles. Née Louise Eugénie Alexandrine Marie David le 24 octobre 1868 à Saint-Mandé (Val-de-Marne), dans une famille bourgeoise d’origines française et belge, Alexandra grandit entre Paris et Bruxelles. Son père Louis David, républicain exilé après le coup d’État de 1851, lui transmet un goût durable pour la liberté et la contestation. Fugueuse dès l’enfance, lectrice fervente de Jules Verne, elle part seule à dix-huit ans en Angleterre, en Suisse et en Espagne. À vingt ans elle fréquente la Société théosophique, découvre l’orientalisme au musée Guimet à Paris en 1889, apprend l’anglais, le sanskrit et le tibétain.
Chanteuse lyrique, journaliste, féministe. Parallèlement à ses études de langues orientales à la Sorbonne et au Collège de France, elle entreprend une carrière de chanteuse d’opéra sous le pseudonyme Alexandra Myrial — première soprano à l’Opéra de Hanoï en Indochine française (saisons 1895-1897). Rentrée en Europe, elle fréquente les milieux anarchistes et féministes, publie dans leurs revues, écrit son premier livre Pour la vie préfacé par le géographe anarchiste Élisée Reclus. En 1904, elle épouse à Tunis l’ingénieur Philippe Néel de Saint-Sauveur, dont elle gardera le nom tout en menant sa vie séparément — leur correspondance de quarante ans constitue aujourd’hui une source historique majeure.
Le grand départ de 1911. Le 9 août 1911, à 42 ans, Alexandra David-Néel embarque pour l’Inde. Elle prévoit un séjour d’études de dix-huit mois. Elle rentrera en France quatorze ans plus tard. En 1912, au Sikkim, elle obtient une audience avec le 13ᵉ Dalaï-lama en exil — première femme occidentale admise auprès du souverain tibétain. Elle y rencontre également le jeune moine Aphur Yongden, âgé de quinze ans, qui deviendra son compagnon de route puis son fils adoptif (adoption légale en 1929). Pendant la Grande Guerre et les années 1916-1923, elle traverse à pied le Sikkim, le Népal, la Birmanie, le Japon, la Corée, la Chine, la Mongolie — fait une retraite de trois ans au monastère de Kumbum (1918-1921) où elle traduit avec Yongden la Prajnaparamita, texte fondamental du bouddhisme mahayana.
L’exploit de Lhassa, 28 janvier 1924. Après plusieurs tentatives infructueuses, Alexandra et Yongden partent de Chine, traversent le désert de Gobi, la Mongolie, franchissent des cols à plus de 5 000 mètres d’altitude, passent plusieurs rivières accrochés à un câble. Déguisée en vieille mendiante tibétaine — visage noirci à la suie et au cacao, cheveux teints à l’encre de Chine —, parlant tibétain couramment, elle entre à Lhassa, capitale interdite aux étrangers, le 28 janvier 1924. Elle y séjourne deux mois incognito, visite les monastères, pénètre dans le palais du Potala, résidence des Dalaï-lamas. « Réduite à l’état de squelette », selon ses mots dans une lettre à son mari, elle sera finalement démasquée mais parviendra à quitter la ville avant l’arrivée du gouverneur. Elle a 55 ans. Elle est la première femme occidentale de l’histoire à avoir atteint Lhassa.
La « Dame de Digne ». Rentrée en France en 1925, Alexandra découvre une célébrité fulgurante. Elle écrit alors ses grands récits de voyage — Voyage d’une Parisienne à Lhassa (1927), Mystiques et magiciens du Tibet (1929), traduits dans le monde entier. En 1927, elle acquiert à Digne-les-Bains (Alpes-de-Haute-Provence) une maison qu’elle baptise Samten Dzong, « forteresse de la méditation ». Elle y installe sa bibliothèque, ses collections ramenées d’Asie. À 69 ans, elle repart en Chine pour un ultime voyage de neuf ans (1937-1946), traversant la guerre sino-japonaise. Rentrée définitivement en 1946, elle écrit, enseigne, correspond jusqu’à sa mort. Elle fait renouveler son passeport à 100 ans. Elle s’éteint le 8 septembre 1969 à Digne-les-Bains, quelques semaines avant son 101ᵉ anniversaire, laissant plus de trente ouvrages et une bibliothèque de 7 000 volumes.
Postérité et héritage. Commandeur de la Légion d’honneur pour sa contribution à la connaissance de l’Asie, elle a formé des générations d’orientalistes et de bouddhistes européens. Ses cendres et celles de Yongden ont été dispersées dans le Gange à Bénarès en 1973, selon ses volontés. Samten Dzong, sa maison de Digne, est aujourd’hui musée consacré à sa mémoire, propriété de la Ville de Digne-les-Bains. Figure majeure de l’émancipation féminine, de la rencontre spirituelle Orient-Occident et de l’exploration pacifique, elle est l’une des personnalités françaises les plus honorées en toponymie contemporaine — rues, collèges, lycées, bibliothèques, médiathèques, places. Chaque rue qui porte son nom rappelle qu’il est possible, à 42 ans, de tout quitter pour partir à pied vers l’inconnu — et d’en revenir quatorze ans plus tard, bibliothèque sous le bras.
Une enfance européenne entre Paris et Bruxelles. Née Louise Eugénie Alexandrine Marie David le 24 octobre 1868 à Saint-Mandé (Val-de-Marne), dans une famille bourgeoise d’origines française et belge, Alexandra grandit entre Paris et Bruxelles. Son père Louis David, républicain exilé après le coup d’État de 1851, lui transmet un goût durable pour la liberté et la contestation. Fugueuse dès l’enfance, lectrice fervente de Jules Verne, elle part seule à dix-huit ans en Angleterre, en Suisse et en Espagne. À vingt ans elle fréquente la Société théosophique, découvre l’orientalisme au musée Guimet à Paris en 1889, apprend l’anglais, le sanskrit et le tibétain.
Chanteuse lyrique, journaliste, féministe. Parallèlement à ses études de langues orientales à la Sorbonne et au Collège de France, elle entreprend une carrière de chanteuse d’opéra sous le pseudonyme Alexandra Myrial — première soprano à l’Opéra de Hanoï en Indochine française (saisons 1895-1897). Rentrée en Europe, elle fréquente les milieux anarchistes et féministes, publie dans leurs revues, écrit son premier livre Pour la vie préfacé par le géographe anarchiste Élisée Reclus. En 1904, elle épouse à Tunis l’ingénieur Philippe Néel de Saint-Sauveur, dont elle gardera le nom tout en menant sa vie séparément — leur correspondance de quarante ans constitue aujourd’hui une source historique majeure.
Le grand départ de 1911. Le 9 août 1911, à 42 ans, Alexandra David-Néel embarque pour l’Inde. Elle prévoit un séjour d’études de dix-huit mois. Elle rentrera en France quatorze ans plus tard. En 1912, au Sikkim, elle obtient une audience avec le 13ᵉ Dalaï-lama en exil — première femme occidentale admise auprès du souverain tibétain. Elle y rencontre également le jeune moine Aphur Yongden, âgé de quinze ans, qui deviendra son compagnon de route puis son fils adoptif (adoption légale en 1929). Pendant la Grande Guerre et les années 1916-1923, elle traverse à pied le Sikkim, le Népal, la Birmanie, le Japon, la Corée, la Chine, la Mongolie — fait une retraite de trois ans au monastère de Kumbum (1918-1921) où elle traduit avec Yongden la Prajnaparamita, texte fondamental du bouddhisme mahayana.
L’exploit de Lhassa, 28 janvier 1924. Après plusieurs tentatives infructueuses, Alexandra et Yongden partent de Chine, traversent le désert de Gobi, la Mongolie, franchissent des cols à plus de 5 000 mètres d’altitude, passent plusieurs rivières accrochés à un câble. Déguisée en vieille mendiante tibétaine — visage noirci à la suie et au cacao, cheveux teints à l’encre de Chine —, parlant tibétain couramment, elle entre à Lhassa, capitale interdite aux étrangers, le 28 janvier 1924. Elle y séjourne deux mois incognito, visite les monastères, pénètre dans le palais du Potala, résidence des Dalaï-lamas. « Réduite à l’état de squelette », selon ses mots dans une lettre à son mari, elle sera finalement démasquée mais parviendra à quitter la ville avant l’arrivée du gouverneur. Elle a 55 ans. Elle est la première femme occidentale de l’histoire à avoir atteint Lhassa.
La « Dame de Digne ». Rentrée en France en 1925, Alexandra découvre une célébrité fulgurante. Elle écrit alors ses grands récits de voyage — Voyage d’une Parisienne à Lhassa (1927), Mystiques et magiciens du Tibet (1929), traduits dans le monde entier. En 1927, elle acquiert à Digne-les-Bains (Alpes-de-Haute-Provence) une maison qu’elle baptise Samten Dzong, « forteresse de la méditation ». Elle y installe sa bibliothèque, ses collections ramenées d’Asie. À 69 ans, elle repart en Chine pour un ultime voyage de neuf ans (1937-1946), traversant la guerre sino-japonaise. Rentrée définitivement en 1946, elle écrit, enseigne, correspond jusqu’à sa mort. Elle fait renouveler son passeport à 100 ans. Elle s’éteint le 8 septembre 1969 à Digne-les-Bains, quelques semaines avant son 101ᵉ anniversaire, laissant plus de trente ouvrages et une bibliothèque de 7 000 volumes.
Postérité et héritage. Commandeur de la Légion d’honneur pour sa contribution à la connaissance de l’Asie, elle a formé des générations d’orientalistes et de bouddhistes européens. Ses cendres et celles de Yongden ont été dispersées dans le Gange à Bénarès en 1973, selon ses volontés. Samten Dzong, sa maison de Digne, est aujourd’hui musée consacré à sa mémoire, propriété de la Ville de Digne-les-Bains. Figure majeure de l’émancipation féminine, de la rencontre spirituelle Orient-Occident et de l’exploration pacifique, elle est l’une des personnalités françaises les plus honorées en toponymie contemporaine — rues, collèges, lycées, bibliothèques, médiathèques, places. Chaque rue qui porte son nom rappelle qu’il est possible, à 42 ans, de tout quitter pour partir à pied vers l’inconnu — et d’en revenir quatorze ans plus tard, bibliothèque sous le bras.

Sources
- Larousse Encyclopédie — Fiche Alexandra David-Néel
- INA — Entretien télévisé à 101 ans