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histoireFils d'un épicier génois installé à Cahors, Léon Gambetta (1838-1882) n'a rien d'un enfant de la bourgeoisie parisienne. Il monte à Paris étudier le droit, perd un œil dans un accident d'enfance, mais compense ce handicap par une voix de tonnerre et un art oratoire qui va sidérer son époque. Avocat, il se fait connaître en 1868 par une plaidoirie fulgurante contre le Second Empire — un réquisitoire devenu célèbre où il énumère, un à un, les crimes du régime. Le jeune homme du Sud-Ouest est désormais un nom. Le 4 septembre 1870. La France vient d'être écrasée à Sedan, l'empereur est prisonnier des Prussiens. À l'Hôtel de Ville de Paris, Gambetta — 32 ans — proclame la République depuis un balcon, devant une foule en délire. Ministre de l'Intérieur d'un gouvernement de Défense nationale rapidement encerclé dans Paris assiégé, il prend une décision spectaculaire : le 7 octobre, il s'échappe en ballon au-dessus des lignes prussiennes pour rejoindre la province et y lever de nouvelles armées. L'image est restée : un ministre en montgolfière, écharpe au vent, allant sauver la patrie. Depuis Tours puis Bordeaux, il improvise en quelques semaines des armées entières, mobilise, réquisitionne, harangue. Rien n'y fait : la France est vaincue, l'Alsace-Moselle perdue. Gambetta démissionne, refusant de cautionner le traité. Ce qu'il fait ensuite est peut-être plus important encore. Dans une Assemblée majoritairement monarchiste, il consacre dix ans à convaincre, séduire, rallier — patiemment, ville après ville, discours après discours. Sa formule reste célèbre : « Le cléricalisme, voilà l'ennemi. » Il forge le vocabulaire, les rituels, la mystique d'une République qui doit s'ancrer dans les cœurs. Il popularise la Marseillaise, le 14 juillet, l'école laïque à venir. Sans lui, il n'est pas sûr que la République se serait installée durablement en France. Nommé enfin président du Conseil en novembre 1881, son gouvernement — le « Grand Ministère » que tout le monde attendait — tombe au bout de dix semaines. Le 27 novembre 1882, dans sa maison des Jardies à Ville-d'Avray, un coup de revolver part accidentellement, lui traversant la main. La blessure paraît bénigne mais il meurt le 31 décembre, à 44 ans, d'une appendicite mal soignée aggravée par sa convalescence. La rumeur d'un suicide, ou d'un drame passionnel avec sa compagne Léonie Léon, courra longtemps. Des funérailles nationales grandioses ont lieu le 6 janvier 1883 : un demi-million de Parisiens suivent le cortège. En 1920, pour le cinquantenaire de la République, son cœur — et son cœur seul — est transféré au Panthéon dans une urne. Le reste de son corps repose à Nice, auprès de son père. Étrange destin posthume pour celui qui, plus que tout autre, avait mis le sien au service de la République.
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sciencesCharentais de naissance, ingénieur civil devenu directeur de la Compagnie du gaz de Paris, Pierre Hugon (1824-1901) fait partie de ces pionniers de la mécanique française que l'histoire industrielle a laissés dans l'ombre du plus célèbre — en l'occurrence, son contemporain Étienne Lenoir. Pourtant, ce que Hugon inventa entre 1858 et 1862 fait de lui l'un des tout premiers artisans du moteur à combustion interne, cette technologie qui allait, un demi-siècle plus tard, révolutionner les transports du monde entier.L'histoire commence en 1858, à Paris. Cette année-là, alors que les ateliers tournent encore massivement à la vapeur, Hugon dépose le brevet français n° 210-212 « par rapport au pouvoir des moteurs par l'explosion de mélanges gaz/air ». Son principe : un cylindre à double effet alimenté par un mélange de gaz d'éclairage et d'air (13,5 volumes d'air pour 1 de gaz), enflammé alternativement des deux côtés du piston par deux petites veilleuses de gaz — solution ingénieuse qui contournait les problèmes d'allumage électrique dont souffrait alors la machine concurrente de Lenoir. Le résultat : un moteur fixe destiné aux manufactures, promettant de remplacer les lourdes chaudières à vapeur. Le slogan commercial de Hugon, resté célèbre dans les archives industrielles, tenait en une phrase : « Dépense garantie au frein de 1 500 à 1 800 litres de gaz par force de cheval et par heure. »Le moteur Hugon fut effectivement commercialisé — c'est le deuxième moteur à combustion interne produit dans l'histoire, juste après celui de Lenoir. Il équipa plusieurs manufactures parisiennes dans les années 1860. Hugon poursuivit ses recherches en déposant en 1860, 1861 et 1862 de nouveaux brevets, cette fois pour des moteurs mobiles, préfigurant les usages qui deviendraient courants avec la voiture automobile un quart de siècle plus tard. Le grand savant Jean-Augustin Barral consacra en 1863 un long article de la Revue des deux mondes à décrire sa mécanique.Comme souvent en histoire des techniques, la postérité fut ingrate. Le moteur Hugon fut vite éclipsé par le moteur à quatre temps de Nikolaus Otto (1867, médaille d'or à l'Exposition universelle de Paris), puis par la véritable révolution du moteur à essence qui allait porter les noms de Daimler et Benz. Pierre Hugon mourut à Paris en 1901, presque oublié, alors même que les premières voitures commençaient à envahir les rues de la capitale — filles lointaines de ce moteur à gaz qu'il avait imaginé quatre décennies plus tôt, dans le bruit et la fumée des ateliers du Second Empire.
Rue René Aubert
patrimoine