Rues de Espinasse
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patrimoineVers Bois du Mas
patrimoineVers Lafayette
histoireGilbert du Motier, marquis de La Fayette (1757-1834) est probablement le plus américain des Français. En 2002, le Congrès des États-Unis lui a conféré la citoyenneté américaine à titre posthume — un honneur exceptionnel réservé à sept personnages seulement dans l'histoire du pays, dont Winston Churchill et Mère Teresa. En 1917, quand les troupes du général Pershing débarquèrent en France pour combattre à nos côtés dans la Grande Guerre, un officier américain se rendit à sa tombe au cimetière Picpus à Paris et lança cette phrase devenue légendaire : « Lafayette, nous voici ! ». À dix-sept ans pourtant, tout le destinait à une brillante carrière de cour. Orphelin de père (tué à Minden par les Anglais en 1759) et de mère, Gilbert du Motier héritait à cet âge d'une immense fortune — l'une des plus considérables de France. Son mariage arrangé avec Adrienne de Noailles l'introduisait dans une famille puissante, proche de Louis XVI. Il avait tout pour réussir à Versailles. Il refusa une charge à la Cour et choisit la carrière militaire. Jeune officier passionné par la cause des insurgés américains, il rencontra secrètement Benjamin Franklin à Paris, embarqua à ses frais sur La Victoire en avril 1777 malgré l'interdiction expresse du roi, et débarqua en Amérique à dix-neuf ans. « Je viens servir à mes dépens », déclara-t-il fièrement au Congrès américain qui le nomma major général. Blessé à la bataille de Brandywine en septembre 1777, il se lia d'une amitié filiale avec George Washington, qui le traita comme un fils. Il partagea l'hiver terrible de Valley Forge, rallia les Indiens Oneidas à la cause américaine (qui lui donnèrent le nom de Kayewla, « cavalier redoutable »), et contribua à la victoire décisive de Yorktown le 19 octobre 1781. De retour à la Cour, il connut un triomphe : au Trianon, il dansa un quadrille avec Marie-Antoinette, et Louis XVI, malgré les opinions progressistes du jeune homme, continua de le traiter avec bienveillance. Les États-Unis avaient fait germer en lui les idées de liberté. En juin 1789, député aux États généraux, il fut le principal rédacteur de la première Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, largement inspirée du modèle américain. Nommé commandant de la Garde nationale au lendemain de la prise de la Bastille, il inventa la cocarde tricolore — bleu et rouge de Paris encadrant le blanc du roi — symbole que la République française n'a plus jamais quitté. Partisan d'une monarchie constitutionnelle à l'anglaise, il tenta l'impossible : concilier ordre royal et Révolution. On le surnomma bientôt « capitaine Morphée » — pour sa tentative de « dormir sur les deux rives » des factions opposées. En octobre 1789, quand le peuple marcha sur Versailles, il fut débordé mais sauva Marie-Antoinette d'un massacre imminent. Déclaré traître par les Jacobins en août 1792, il fut arrêté par les Autrichiens et passa cinq années dans les geôles d'Olmütz, en Moravie, où sa femme et ses filles vinrent le rejoindre volontairement. Libéré en 1797, longtemps tenu à l'écart, il resurgit une dernière fois de l'histoire en 1830. À soixante-treize ans, la révolution des Trois Glorieuses le rappela au commandement de la Garde nationale. C'est lui qui remit à Louis-Philippe le nouveau drapeau national bleu-blanc-rouge — les couleurs qu'il avait données à sa garde nationale quarante et un ans plus tôt. Belle boucle historique. Il mourut à Paris le 20 mai 1834 et fut enterré au cimetière Picpus, sous de la terre rapportée d'Amérique comme il l'avait souhaité. Depuis 1917, un drapeau américain flotte en permanence sur sa tombe. On ne l'a jamais retiré, même sous l'Occupation.